20 ans du chantier insertion
Depuis 2006, le chantier d’insertion de La Gerbe accueille, accompagne et forme des femmes et des hommes traversant des périodes de fragilité. En vingt ans, près de 500 personnes y ont été accueillies pour que le travail devienne un levier de dignité, de confiance et d’avenir.
Les difficultés rencontrées sont diverses : exil, précarité, perte d’emploi, maladie, isolement, détention, difficultés administratives ou familiales. Pourtant, au-delà des épreuves, nous rencontrons des personnes qui continuent d’avancer, parfois lentement, mais avec une belle capacité de résilience.
Notre rôle n’est pas de décider à leur place ni de promettre que tout sera simple. Il consiste à proposer un cadre de travail, une écoute, des repères, du temps et un accompagnement adapté. Nous cherchons avec chaque salarié les appuis qui lui permettront de reprendre confiance, de faire des choix et de construire la suite de son parcours.
Les avancées sont parfois discrètes : effectuer seul un trajet, comprendre une démarche, prendre la parole, apprendre quelques mots de français, accéder à un logement ou commencer une formation. Ces petits pas nous aident aussi à garder le cap lorsque les obstacles administratifs s’accumulent, que les solutions de logement manquent ou que les parcours semblent à l’arrêt.
Lyisong1 : retrouver des repères pour avancer
Lyisong est arrivée en France en 2025 après avoir fui son pays, persécutée pour ses croyances. Son départ n’était ni choisi ni préparé. Aujourd’hui, sa principale préoccupation est de retrouver ses deux enfants.
À son arrivée à La Gerbe, tout est nouveau : la langue, les codes, l’environnement de travail et un quotidien à reconstruire. Les premières semaines, elle découvre comment prendre ses repères dans l’équipe, respecter les horaires, comprendre les consignes et oser demander de l’aide.
Sa situation complexe (une confusion administrative l’associe à une autre personne, bloquant ses démarches) nécessite parfois un accompagnement auprès des administrations. Lors d’une démarche de logement, Lyisong me parle de sa peur initiale des déplacements : prendre les transports, suivre un itinéraire, ne pas se perdre ou arriver à l’heure lui paraissait très difficile. Elle mesure le chemin parcouru : aujourd’hui, elle se déplace avec plus d’assurance, connaît ses trajets. Cette mobilité retrouvée renforce son autonomie, sa confiance et sa liberté de choix.Pour Lyisong, le chantier est un point d’ancrage : retrouver un rythme, une place dans un collectif et avancer dans ses démarches, tout en préparant une vie plus stable pour espérer retrouver ses enfants.
Les parcours de Vincent (voir page 9) et de Lyisong ne se ressemblent pas. Ils ne se résument pas non plus à une succession de démarches, à un contrat de travail ou à une sortie vers l’emploi. L’insertion est d’abord un temps de reconstruction qui se fait avec chaque personne, à son rythme. La Gerbe agit avec la conviction que derrière chaque situation difficile se trouvent des compétences, des aspirations et la possibilité de reprendre prise sur sa vie. Notre responsabilité est de créer les conditions favorables à ce mouvement : un travail adapté, un collectif accueillant, l’accès aux droits, la formation et des partenariats mobilisés.Pour ses vingt ans, le chantier de La Gerbe reste un lieu de travail, d’apprentissage, de solidarité et de confiance, où chacun peut retrouver des ancrages avant de naviguer vers de nouveaux horizons.
Sylvie Cuendet
1Prénom d’emprunt


Commentaires