RDC : penser le développement
- 7 oct.
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La province du Sankuru, où La Gerbe intervient en partenariat avec l’ONG locale Le Cœur de compassion (CDC), compte parmi les plus pauvres de la République Démocratique du Congo. L’application de démarches de développement y est particulièrement utile pour contribuer à l’évolution positive du territoire. L’intervention de l’ONG suisse Entraide à Lodja (sur invitation du CDC) sur le thème de l’entrepreneuriat et du développement, nous invite à nous questionner sur le soutien apporté à nos partenaires internationaux.
Solidarité internationale, aide sociale, humanitaire, développement… autant de termes dont les réalités se recoupent en partie, par la posture d’aide que l’on retrouve dans chacun de ces domaines.
Ils portent en commun la mise en place de réponses à la fragilité humaine dans le but de rétablir une forme d’équilibre de vie pour les personnes bénéficiaires.
Dans tous les domaines de l’aide sociale, une tension demeure : comment soutenir assez pour permettre de sortir de l’ornière, sans créer une dépendance ? L’autonomie visée est économique, mais aussi sociale, relationnelle et psychologique.
A la Gerbe, qu’il s’agisse de l’aide apportée en France ou à des structures caritatives à l’étranger, ce critère de recherche d’autonomie s’inscrit en filigrane dans chaque initiative.
Est-il d’ailleurs juste ou adapté de répondre toujours positivement à l’expression d’un besoin ? Question difficile, particulièrement lorsque l’on est touché par la condition d’une personne en détresse apparente. Notre envie de soulager l’inconfort exprimé peut parfois faire perdre de vue le nécessaire apprentissage de l’autonomie. Il existe bien souvent des zones grises et l’on peut même parfois faire une entorse à ce principe, mais la question de fond demeure : « suis-je en train de renforcer l’autonomie de mon interlocuteur ou suis-je au contraire en train de renforcer une habitude dysfonctionnelle ? »
En juillet, une équipe de l'association Entraide s’est rendue à Lodja. Cette ONG d’aide au développement y a proposé son séminaire sur les thèmes de l'entrepreneuriat et de l’éthique professionnelle comme composantes essentielles au développement.
Thème difficile dans cette ville du Sankuru où, comme dans le reste de la province, les infrastructures économiques et industrielles sont souvent défaillantes voire inexistantes.
Pourtant, c’est par le développement d’une nouvelle manière de penser que de nouvelles solutions peuvent émerger. Tony Elonge, le président du CDC, en est une possible illustration puisque son origine modeste ne pouvait laisser supposer l’obtention d’un diplôme de spécialisation en gynécologie-obstétrique ou d’un poste de ministre provincial de la santé.
L’intervention d’Entraide vise à explorer ou renforcer les mécanismes vertueux du développement, pour sortir de l’attentisme ou du désespoir qui tous deux favorisent l’inaction ou la corruption.
On entend par développement « un processus global d’amélioration des conditions de vie d’une communauté sur les plans économique, social, culturel ou politique » (définition du Centre de recherche et d’information pour le développement, CRID).
L’association Entraide propose l’idée selon laquelle la réponse aux demandes d’aides matérielles, aussi fondées soient-elles, n’est pas suffisante pour favoriser un développement réel et durable. Ainsi le séminaire présenté a notamment proposé la mise en place d’une pyramide des composantes essentielles à ce processus, en allant de la base vers le sommet : 1- Valeurs ; 2- relations ; 3- compétences ; 4- moyens.
Cet ordre peut surprendre puisque, face à une situation de malnutrition ou de santé défaillante par exemple, les besoins matériels sont criants et immédiats (alimentation, médicaments, installations techniques, etc.).
Or, il convient de distinguer aide d’urgence et développement. La première demeure indispensable pour sauver des vies directement menacées lors de crises aiguës. Ce qu’une réponse d’urgence ne permet pas, cependant, c’est de changer en profondeur un contexte local dans lequel bien d’autres choses devront évoluer si l’on veut que l’injection de moyens soit porteuse d’améliorations durables.

Dit autrement, lorsque l’apport de ressources (matérielles ou financières) rencontre une situation de relations de confiance et d’un sens partagé du bien commun, alors un vrai travail de fond peut commencer, en mobilisant les compétences présentes (qu’il faudra parfois développer).
Imaginer que seuls moyens et compétences sont nécessaires au développement d’un territoire demeure malheureusement courant. Il est d’ailleurs séduisant de vouloir recourir à ces deux ingrédients uniquement car ils sont plus rapidement palpables. Cependant, sans le fondement des justes dispositions des individus et de collaborations vertueuses, toute tentative risque de se limiter à un feu de paille. Marchons donc sur nos deux jambes - la solidarité et la rigueur dans l’action - nécessaires au véritable développement.
Michaël Païta

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