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A la découverte du collectif ASAH, Association au Service de l’Action Humanitaire 

Depuis plus de 15 ans, La Gerbe est membre de l’ASAH, le collectif d’ONG de solidarité internationale chrétiennes de langue française. Amélie Rouméas, coordinatrice, a accepté de répondre à nos questions pour mieux comprendre ce que recouvre cette association.

Espérance : Quel est le rôle de l’ASAH et pourquoi a-t-elle été créée ?

Amélie Rouméas : En rupture avec des concurrences historiques existantes, dans le monde de la solidarité internationale, l’ASAH propose à ses membres de partager leurs connaissances, leurs bonnes pratiques mais aussi leurs défis, leurs obstacles, plutôt que de rester chacun dans un quant-à-soi finalement peu productif.

L’idée de ce réseau est de se retrouver pour mutualiser les regards et renforcer l’impact de nos actions. C’est un moyen de s’encourager mais aussi d’être plus visibles et peut-être mieux compris du grand public et des institutions, dans cette dimension d’inspiration chrétienne qui caractérise chaque ONG du collectif.

E : Quel est ton rôle chez ASAH et comment as-tu commencé cet engagement ?

AR : Après un diplôme en développement de projets de solidarité internationale et une première expérience très positive chez MEDAIR, j’avais envie d’un poste très relationnel et dans la gestion de projet. Ce poste chez ASAH correspondait tout à fait à cela. Il faut ajouter aussi que j’avais à cœur de travailler pour le rapprochement des œuvres chrétiennes entre elles. J’ai donc commencé en septembre 2020, et période COVID oblige, 100 % en télétravail initialement, ce qui s’accordait bien avec mes obligations du moment !

E : Peux-tu partager avec nous deux belles réussites du collectif et deux défis qui le traversent aussi ?




AR : L’une des réussites de l’association est l’invention de l’événement Hope 360. Malgré des difficultés importantes pour trouver notre vitesse de croisière, je crois que nous tenons un concept qui touche à notre mandat de promouvoir l’engagement ainsi que la notoriété de l’humanitaire chrétien.Une autre réussite importante que plusieurs ont vécu un peu comme un fruit mûr qu’on cueille est notre implication dans la réponse à la crise humanitaire causée par la guerre en Ukraine.

A l’explosion du conflit en 2022 (bien qu’il ait réellement commencé en 2014), la confiance acquise dans le temps, le dialogue facilité entre structures, l’échange de bonnes informations et de bonnes pratiques ont permis, en l’espace d’une journée, de faire remonter une opportunité incroyable de collaboration de plusieurs membres du collectif avec la Protection Civile française, pour organiser l’acheminement de quantités importantes de produits de première nécessité vers l’Ukraine. A cette occasion, l’heure n’était pas à la prise de contact et aux regards en chiens de faïence, mais au dialogue dans les contours techniques du passage à l’action et la recherche d’efficacité. Ces collaborations, dans lesquelles chaque structure a su garder son identité et ses mandats d’action, ont réellement porté du fruit et ont marqué un niveau de réponse historique pour plusieurs des membres.

En termes de défis, je vais paradoxalement citer encore une fois notre événement Hope 360. Si le concept est largement validé, la forme à donner à l’événement doit encore être affinée pour obtenir l’impact escompté auprès du grand public. Cette recherche de réponse est en cours.

Enfin, notre plus grand défi réside dans le fait que l’ASAH n’a pas d’action directe sur le terrain, ce qui entrave sa visibilité et rend bien plus difficile la compréhension de l’intérêt qu’un collectif tel que le nôtre revêt. Car le grand public comme les bailleurs institutionnels veulent voir passer des narratifs de terrain, des rapports d’impacts directs et des photos inspirantes. Or le mandat de l’ASAH est d’amener un travail de fond dans la construction du lien, l’affinement des réflexions, l’évolution des mentalités et la promotion des collaborations et pratiques vertueuses. Toutes ces dimensions se jouent dans le temps long et sont peu visibles. Difficile alors de faire comprendre que ce qu’on ne voit pas immédiatement a un effet de levier et un réel impact sur les actions à long terme. Et pourtant nous avons besoin de soutien financier pour mener à bien notre mandat…

E : Mais justement, quel est l’intérêt majeur pour une ONG de faire partie de ce collectif ?

AR : Il y a plein d’avantages ! Tout le monde aujourd’hui reconnaît la nécessité de sortir du travail en silo, c’est à dire cloisonné. Le réel est extrêmement complexe et les interventions de solidarité internationale n’y font pas exception. Qui peut dire qu’il a un regard complet et objectif sur les terrains d’intervention ? Il devient de plus en plus incontournable d’apporter des réponses adaptées, pertinentes et intégrées aux problématiques qui se présentent aux ONG. Cette réflexion s’inscrit d’ailleurs totalement dans ce que l’on appelle le « Nexus », cette posture d’intégration à la fois des différents acteurs (société étatique, civile, ONG, bailleurs) et des différentes périodes (urgence, post urgence, développement), pour prendre en compte, autant que possible, la réalité des populations concernées. On peut tout à fait continuer à travailler de manière isolée et sans se former, mais à quel prix pour les bénéficiaires ? Comme le dit cette expression « agir pour le bien est une chose, mais encore faut-il bien le faire ! ».

Et puis, prendre le temps de se connaître, de découvrir ce que font les autres, de construire des relations, c’est aussi apprendre à redécouvrir le temps long et ses vertus. Il ne s’oppose pas au temps court, celui de l’urgence et de la réactivité, mais il vient le compléter. On découvre alors plus facilement une respiration entre efficacité et stabilité.

E : Un dernier mot pour nos lecteurs ?

AR : Je suis convaincue qu’aujourd’hui, face aux défis de plus en plus nombreux et complexes auxquels nous sommes confrontés, il devient essentiel, et même incontournable de se rassembler, pour trouver une forme d’unité qui conjugue nos forces et la diversité de nos capacités de réponse. A moins d’avancer dans cette direction, j'entrevois une impossibilité croissante de travailler avec une réelle efficacité dans l’avenir.

De plus, en tant que structures chrétiennes, lorsque nous nous rassemblons, nous aidons le monde qui nous entoure à découvrir de nombreuses facettes de l’engagement qui toutes parlent aussi des nombreuses facettes du Dieu qui inspire notre mise en marche. C’est aussi là, un message de beauté et d’espérance qui est apporté par notre rencontre au sein de ce collectif.




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