Une visite à l'Ist-San

Ruth, Albert, Fanny, Claude, … et quarante autres. Les prénoms ne signifient pas grand chose avant de les associer à des visages et des histoires de vie. En 2017, alors que nous visitions le village de Tshudi Loto avec Nadiia Shulzhenko pour y découvrir le foyer d’accueil La Maison du Père, nous faisions connaissance avec une trentaine d’enfants et jeunes ados orphelins. Cinq ans plus tard et après de véritables bonds en avant dans la construction de La Maison du Père, de l’école « La Gerbe », qui lui est accolée, et de l’Hôpital OTEMA, nous revenons encore une fois sur place, cette fois-ci pour découvrir l’ISTSAN : l’Institut Supérieur Technique du Sankuru. Quelle nouvelle trouvaille nous avait encore fait le Docteur Tony ?



En 2018, alors qu’il continue à développer l'Hôpital, il découvre à moins d’un kilomètre de là un ensemble de 4 bâtiments recouverts par la forêt, au point que même des arbres poussent à l’intérieur. Pourtant, Tony a la conviction qu’il s’agit là d’un trésor à exploiter. Rapidement, il entreprend de défricher le terrain pour mettre à jour des fondations solides datant de l’époque coloniale du pays. S’ensuivent des travaux de rénovation et une réflexion quant à l’utilisation finale de ces 4 bâtiments. Il est décidé de construire une université pour regarder vers l’avenir de la ville et de la province. C’est ainsi qu’en 2020 s’est déroulée la première année universitaire de l’ISTSAN. Environ 50 étudiants ont suivi leur première année de cours dans les filières techniques de sciences infirmières, informatique, coupe et couture et développement. L’importance donnée à l’aspect technique des formations s’explique par le désir des dirigeants de l’ISTSAN de former des professionnels capables d’apporter leurs compétences au territoire.



Du 30 octobre au 25 novembre, Nadiia et moi-même nous sommes rendus sur place avec l’objectif de nous rendre compte de la réalité de cette initiative sur le terrain et de soutenir son développement.

Il faut dire qu’étant donné l’ampleur de la tâche et les moyens limités dont disposent le Docteur Tony et son équipe pour rénover et préparer ce nouveau site universitaire, j’avais mes doutes. Le toit, les plafonds, les sols, le mobilier, les équipements : tout restait à faire avant de pouvoir recevoir des étudiants sur place.




Mais en visitant l’ISTSAN, nous avons trouvé une véritable et sérieuse initiative éducative ayant réellement commencé à former ces jeunes adultes. Dire que tout fonctionne déjà parfaitement serait évidemment une exagération. L’organisation académique est toujours en cours, certains professeurs sont encore à recruter. Les contraintes techniques (électricité et accès à internet régulier) ne manquent pas et représentent des dépenses importantes. Mais adoptons un instant le point de vue local sur ce que cette institution représente : Un établissement possédant déjà une bibliothèque et des quelques ordinateurs ; un réel accès à internet, du mobilier scolaire et des bâtiments agréables à vivre. Tout ceci est unique à Lodja. Sans oublier qu’au cours de cette première année universitaire, pas moins de douze intervenants internationaux, enseignants et conférenciers, ont contribué à la formation de la première promotion d’étudiants. Un véritable tour de force dans cette province réputée pour son enclavement au cœur du pays. D’ailleurs, les représentants du Ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire se sont rendus à Lodja en septembre pour constater le sérieux de l’institution et de procéder à son enregistrement régulier.




Pour notre part, nous avons entrepris de soutenir l'institut par des conférences. Nadiia a proposé une session d’anglais intensif sur 15 jours, des ateliers de « psychologie de la réussite » et a mobilisé 4 personnes de son réseau pour des conférences sur les notions de « développement de territoire ». Jean-Marc s’est aussi joint à ce concert d’interventions pour interpeller les étudiants sur l’importance de ne pas attendre des lendemains meilleurs pour agir. Pour ma part j’ai pu donner un cours sur le thème « entreprendre et gérer un projet ».




Mais surtout, nous retenons les rencontres avec ces étudiants qui rêvent d’un avenir meilleur et entreprennent de se former pour cela. Parmi nos jeunes accueillis de la Maison du Père à Tshudi, plusieurs étudient désormais à l’ISTSAN et comptent parmi les plus motivés et les plus vifs. On voit alors déjà se dessiner l’avenir de ces jeunes que la vie semblait avoir oubliés au départ.


Comme toujours, l’accueil a été chaleureux, les personnes attentionnées. Nous avons trouvé un Docteur Tony désormais devenu Directeur Général d’université, mais surtout nous avons retrouvé un ami toujours actif pour venir en aide à tous et pour mobiliser chacun dans sa tâche. Un homme animé d’une foi qui lui donne à la fois confiance en l’avenir et amour pour les autres. Comme à chaque fois, nous venons pour le soutenir, et c’est nous qui nous retrouvons soutenus. Alors nous repartons encore avec le sentiment d’être privilégiés de prendre part à une entreprise qui transformera des centaines et probablement des milliers de vies.

Michael Païta