Stage de 3ème à La Gerbe

Écrit par Josette, bénévole : « j'ai décidé de commencer cette année sous le signe de la bonne humeur en écrivant un texte évoquant" notre gerbe" et j'ai emprunté le style de Goscinny, et de son petit Nicolas dont je suis une fan inconditionnelle. »


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Notre professeur principal nous a réunis pour nous dire : « mes enfants, vous allez passer votre brevet des collèges à la fin de l’année, il est temps pour vous de connaitre concrètement le monde du travail. Vous devrez donc faire un stage dans l’entreprise de votre choix. »

Nous on étaient très impressionnés, jusqu’ici le monde du travail c’était très très loin…

Personnellement j’avais une grande crainte, c’était de faire ce stage dans le bureau de papa, je l’aurais eu sur le dos toute la journée et au moindre comportement incorrect à ses yeux, il m’aurait privé de portable. Mon portable, justement je venais de le récupérer après un mois de privation consécutif à une colle de deux heures. Geoffroy, celui dont le père est très riche et qui passe son temps à nous étaler ses cadeaux sous le nez, s’était moqué de mon samsung galaxy alors que lui arborait le dernier iphone tout juste sorti. Je lui ai fait remarquer que son téléphone ne lui servait à rien car il ne connaissait que le quart de ses fonctions, il m’a collé son poing sur le nez, et on s’est battu. « Le Bouillon », c’est le surveillant qu’on surnomme ainsi car il a de très gros yeux, nous a dit que puisque c’était comme ça on irait réfléchir deux heures en retenue samedi matin.

Quand j’ai raconté à papa et maman que je devais faire un stage dans le monde du travail, papa s’est tout de suite écrié qu’enfin j’allais voir comme ses journées étaient fatigantes et comprendre les efforts quotidiens qu’il faisait pour nourrir sa famille. Là dessus, maman a dit en rougissant que mère au foyer aussi était un travail fatigant et que heureusement qu’elle était là pour servir tout le monde, et que les garçons ne pensaient qu’à eux et qu’on la rendait très malheureuse à la fin ! Moi je trouvais ça très injuste car je n’avais rien dit, mais je n’ai pas insisté.

Au diner, tout le monde faisait grise mine, papa rabroué, maman vexée, et moi toujours pas rassuré sur mon lieu de stage. Heureusement au dessert il y avait la succulente tarte aux pommes de mamie.

Le lendemain, à l’école il n’était question que du stage, certains avaient déjà trouvé, Geoffroy allait le faire dans l’usine de son père, Maixence qui mangeait toute la journée, allait le faire dans une boulangerie et se réjouissait à l’idée de vivre dans les croissants et pains au chocolat, moi je ne voyais vraiment pas où aller….

Le soir, en rentrant à la maison maman m’a dit « Nicolas, j’ai une bonne nouvelle pour toi, j’ai une amie bénévole à l’association La Gerbe et ils t’acceptent en stage » je ne connaissais pas cette association, mais j’étais trop content d’échapper à la surveillance de papa. Quand j’ai raconté ça aux copains le lendemain, cet imbécile de Clotaire s’est moqué de moi en me disant qu’à la gerbe j’allais passer une semaine dans le vomi. Je l’ai traité d’ignare en lui expliquant que la gerbe était le nom d’un bouquet de fleurs ou d’épis de blé, il m’a répondu que j’étais qu’un prétentieux, on s’est battu sous les yeux du Bouillon… deux heures de colle !

La semaine du stage est arrivée, maman m’avait accompagné, nous avons été reçu par Caroline la responsable des bénévoles et des stagiaires. J’ai tout de suite été rassuré, Caroline elle sourit tout le temps, elle est douce et bienveillante comme ma maman.

J’ai passé mon 1er jour de stage dans l’atelier jouets avec Brigitte que ses collègues appellent « la mère Noël ». J’ai trié, assemblé des jouets toute la journée, quand les copains vont savoir ça ils vont être verts de jalousie.





Ensuite je suis passé dans l’atelier vêtements avec Marie-France qui a l’âge de ma mamie, celle qui fait les bonnes tartes aux pommes et qui rigole tout le temps comme elle. Dans cet atelier j’ai appris à plier les vêtements. Le soir quand j’ai raconté ça à maman, elle m’a dit que j’avais intérêt à appliquer mon apprentissage à mes propres vêtements, que ça l’aiderait à récupérer tout le temps qu’elle passait à faire les trajets pour le stage sans que quelqu’un s’en rende compte dans cette famille, et que sinon on allait voir ce qu’on allait voir… A ce moment là j’ai bien senti que la réflexion de papa n’était toujours pas passée.

Je ne suis pas allé à la logistique avec Ivan et son chapeau rigolo, on dirait le capitaine Marleau, dans cet atelier on porte beaucoup de meubles et on remplit des camions qui partent à l’étranger. Je suis trop jeune pour ce travail m’a dit Yvan Marleau, si je me blessais il aurait des ennuis…

J’ai fini mon stage au magasin en passant par l’atelier brocante. La responsable s’appelle Rahel, elle dit tout le temps «ayou » moi je ne savais pas ce que ça voulait dire, ni même comment ça s’écrivait, je me suis dit que le soir en arrivant à la maison j’allais vérifier le sens, l’orthographe et surtout le pluriel de ce mot, je n’avais pas le souvenir de l’avoir vu dans la liste bijoux, cailloux….. mais on ne sait jamais, il manquerait plus que je fasse cette faute dans la dictée du brevet.

Le magasin est tenu par Jérôme qui commence à perdre ses cheveux comme papa, et qui fait toujours des blagues comme tonton, le frère très rigolo de maman. Dans cet endroit j’ai aidé Barbara à ranger tous les objets à vendre, c’était très difficile car il n’y pas de place pour les mettre, sauf pour Barbara qui en trouve toujours comme si elle avait un GPS à bibelots dans la tête. J’ai terminé mon stage à ranger des livres avec Jeanine la bretonne. J’aime bien la Bretagne, j’y vais tous les ans en vacances chez ma mamie, celle qui fait les tartes aux pommes.

Cette expérience était vraiment très bien, j’ai pas osé dire à papa que le travail, c’était pas si terrible…je venais de récupérer mon portable juste avant le stage.

Demain je vais raconter ça aux copains, leur montrer les photos prises pour le rapport, leur dire que j’ai participé à une action humanitaire et rencontré des tas de gens formidables, le premier qui me traite de vantard prend mon poing sur le nez quitte à prendre deux heures de colle par Le Bouillon et être privé de portable par papa.


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