Un long parcours

23/10/2014

 

"Je m'appelle Rahel, je viens d’Érythrée. Mon pays est en guerre contre l’Éthiopie depuis de nombreuses années maintenant. Je suis chrétienne et dans mon pays les chrétiens sont persécutés. J'ai perdu ma maman quand j'avais 2 ans. Mon père s'est remarié et c'est ma belle-mère qui m'a élevée. Au début, je lui en voulais beaucoup mais elle a su gagner mon cœur. La vie était difficile, mais dans ma famille il y avait beaucoup d'amour. Le pays était dangereux et chaque fois que nous sortions de la maison, mon père nous remettait à Dieu et chaque fois que nous revenions, il le remerciait de nous avoir protégés. Mes 5 frères et ma sœur y vivent encore. Mon père est prêtre orthodoxe.

 

A 14 ans, filles et garçons des villages chrétiens sont réquisitionnés pour s’entraîner à la guerre puis partir au front. La plupart des jeunes deviennent alors des machines à tuer qui n'ont plus de sentiments. Les filles deviennent dures et elle sont particulièrement appréciées au combat pour cette raison.

C'est arrivé à mes aînés et mon père, très malheureux de cette situation a décidé de m' envoyer au Soudan chez un de mes oncles.

Le choc a été rude quand je suis arrivée dans ce pays. Je ne pouvais plus sortir de chez moi sans porter un long voile, cacher entièrement mon visage, mes mains, mes pieds. La séparation d'avec ma famille et l'enfermement jouaient sur mon moral et mon oncle me voyait dépérir. Il m'a trouvé un petit travail dans une famille notable. J'étais servante. Cela me faisait du bien d'être active et je retrouvais un peu de vie... même si les aller-retours entre ma maison et mon travail restaient très dangereux : à tout moment, lors de ces déplacements, je pouvais être arrêtée et jetée en prison, ou sujette à la violence locale.

On peut facilement mourir dans la rue dans ce pays. J'ai moi même subi la violence d'un chauffeur de bus et j'ai failli mourir dans mon sang, à même le sol. J'ai été sauvée par l'accompagnateur du chauffeur qui, malgré les menaces de représailles, m'a emmenée à l'hôpital.

Plus je grandissais et plus la situation devenait dangereuse pour moi.Mon oncle a dû se résoudre à m'envoyer en Europe.

Quand j'habitais en Érythrée, je parlais tigrigna. C'est une langue qui contient de l'italien, de l'arabe et de l'anglais. Au Soudan, j'ai appris à parler l'arabe. Mais partir en Europe signifiait un nouveau dépaysement.

Je devais rejoindre l'Angleterre puisque je parlais un peu l'anglais. Mais le premier pays qui m'a accueilli fut la France.

Quand je suis arrivée en 2004, je ne connaissais pas un mot de français, je n'avais aucune idée de l'endroit où j'allais dormir et comment j'allais trouver à manger. J'étais désespérée. J'étais là, dans la rue, seule au milieu de beaucoup de gens et j'ai pleuré. J'avais 19 ans. Un petit groupe de policiers, dont une femme, s'est approché de moi. Ils ont cherché à comprendre ma situation. Je ne voyais aucun moyen de leur expliquer d'où je venais et pourquoi j'étais là, en larmes...

La jeune femme a prononcé quelques mots en arabe : une lueur d'espoir a commencé à briller. Il m'ont permis de venir au poste de police, d'y dormir, d'y manger. Il se sont démenés pour me trouver un lieu d'hébergement. Au début, c'était une chambre d'hôtel puis progressivement ma situation s'est améliorée.

Je dois beaucoup à la France qui m'a accueillie. Quand je suis arrivée dans la région de Mantes, il n'y avait pas une seule personne d'Érythrée. J'étais très seule. J'ai cherché une église et je m'y suis constituée comme une nouvelle famille française et internationale.

En 2012, Je suis tombée très malade : ces gens se sont conduits comme de vrais pères et mères, frères et sœurs. Hospitalisée pendant plusieurs mois, mon moral a tenu parce que chacun se relayait pour me rendre visite. Ils faisaient des kilomètres pour m'apporter leur amitié et renonçaient à leur temps personnels pour moi. J'estime avoir reçu un trésor parce qu'autour de moi je voyais beaucoup de gens, tout seuls sur leur lits d'hôpital.

Je suis restée un long moment sans pouvoir travailler. Puis j'ai repris des forces par la grâce de Dieu et aujourd'hui je travaille à La Gerbe. J'aimerais beaucoup devenir cuisinière. La semaine prochaine, je vais faire une formation dans ce domaine.

Dans le futur, ma vie sera encore riche de beaucoup d'expériences et de bénédictions. Je peux dire que je suis heureuse même si ma famille me manque et qu'il est difficile de l'avoir au téléphone parce qu'il n'y a pas de bons moyens de communication à cause de la guerre."

 

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